Lorsque tout est stable, la plupart des gens ne réfléchissent pas deux fois avant de poser des questions ou de vérifier une information. En période de guerre, surtout dans un contexte aussi visible que celui de l’Ukraine, ce réflexe change. On voit des reportages, des images de familles quittant leur maison. On a l’impression que prendre du temps revient à ne pas agir, et beaucoup offrent leur aide sans vraiment confirmer si les informations reçues sont exactes. Ce n’est pas de la négligence, mais une réaction face au choc et à l’empathie humaine.
Les fraudeurs saisissent cette réalité. Ils construisent des messages qui paraissent urgents, assez convaincants pour que la personne réponde immédiatement sans analyser. Ils jouent sur le chaos, évoquent des perturbations, et donnent l’impression que même un léger retard pourrait aggraver la situation. Ce n’est pas particulièrement sophistiqué techniquement, mais c’est calculé sur le plan émotionnel.
Selon une analyse soutenue par les Nations Unies, les signalements liés à des arnaques et fraudes en Ukraine ont été plus de trois fois supérieurs en 2023 par rapport à l’année précédente. Même si cette donnée ne concerne pas uniquement les escroqueries humanitaires, elle montre à quel point les tactiques criminelles s’adaptent rapidement en période de conflit.

Dans le cas d’une escroquerie d’urgence (ou emergency email scam), les messages sont courts, orientés vers l’action rapide plutôt que l’explication. Le contenu évoque une situation critique en lien avec la guerre en Ukraine et laisse entendre que l’accès à l’argent est impossible en raison de problèmes de frontière, de dommages aux infrastructures ou de défaillances techniques. Le ton vise à provoquer une réaction immédiate.
Ces demandes peuvent arriver par courriel, message sur les réseaux sociaux, texto ou même appel téléphonique. Le but final est presque toujours financier : envoyer de l’argent, faire un virement bancaire, partager des informations bancaires ou utiliser une méthode alternative supposée plus rapide. Face à ce type de message, surtout quand on connaît la réalité du conflit, le sentiment d’urgence semble crédible. Cette réaction instinctive est précisément ce sur quoi les fraudeurs comptent.
Certains fraudeurs prétendent être un ami ou membre de la famille. Ils évoquent des problèmes de relocalisation ou insinuent que d’autres membres de la famille ne sont pas disponibles. L’objectif est de pousser la personne ciblée à agir seule, rapidement. Les détails sont souvent vagues. Le message mise sur l’inquiétude immédiate, surtout si la relation semble personnelle.
Ce type d’approche décourage toute forme de vérification. Les personnes qui prennent le temps de contacter un autre membre de la famille ou une source fiable découvrent généralement rapidement que quelque chose cloche. Ceux qui agissent sans vérifier envoient souvent l’argent avant de réaliser l’arnaque.
Contrairement aux escroqueries d’urgence, l’arnaque sentimentale (romance scam) ne commence pas avec une demande directe. Le fraudeur établit d’abord un lien, présente une situation difficile, parfois liée à l’isolement ou à l’impact de la guerre en Ukraine. La relation progresse doucement, sans demande d’aide financière au départ.
Une fois la confiance établie, des demandes apparaissent. Elles concernent souvent l’accès à la communication, un logement temporaire ou des déplacements. Le fraudeur explique pourquoi les moyens habituels ne peuvent pas être utilisés ou pourquoi l’aide doit rester discrète. La personne ciblée réagit par solidarité, croyant soutenir quelqu’un qui traverse une situation réelle.
Le service Verified Love (https://verified-love.com/) aide à identifier ces schémas, particulièrement sur les plateformes de rencontre. Leurs analyses montrent fréquemment que les mêmes histoires sont utilisées auprès de plusieurs personnes.

Plusieurs facteurs rendent les escroqueries plus efficaces :
Les gens souhaitent contribuer à une cause valable et réagir rapidement quand des vies semblent en jeu. En même temps, les informations circulent de manière imprécise et il devient difficile de confirmer ce qui est vrai à distance.
Comme une grande partie des échanges se fait via des plateformes numériques, recevoir un message d’une personne inconnue semble moins inhabituel. L’implication émotionnelle réduit le niveau de vérification habituellement appliqué à tout ce qui touche aux finances.
Les fraudeurs reproduisent le style visuel et le langage d’organismes légitimes, ce qui augmente les chances de crédibilité. Ils comptent sur le fait que les destinataires n’iront pas forcément vérifier chaque détail ou identité.
Certains comportements devraient vous amener à vous poser des questions, notamment si la personne :
Identifier un ou deux de ces signes suffit souvent à marquer une pause avant d’aller plus loin.
Avant de réagir, prenez un instant. Même si la demande semble sérieuse, tentez de valider l’information. Si elle concerne quelqu’un que vous connaissez, communiquez avec un autre membre de votre entourage. Dans le cas d’un organisme ou d’une demande humanitaire, consultez directement le site officiel plutôt que de suivre un lien.
Évitez de fournir des informations bancaires via des messages ou appels non vérifiables. Si une contribution est envisagée, privilégiez des plateformes de don reconnues plutôt que des instructions privées. Si la personne insiste pour éviter toute vérification, cela devrait être considéré comme un signal d’alarme.
Dans le cadre de relations en ligne, surtout à caractère sentimental, recourir à des services de vérification professionnels peut aider à détecter une manipulation.
Si quelque chose vous semble suspect, ou si vous avez déjà transféré des fonds puis réalisé l’arnaque, n’attendez pas. Informez rapidement l’autorité compétente. Au Canada, cela concerne généralement la police ou l’unité spécialisée en cybercriminalité. Aux États-Unis, c’est souvent la Federal Trade Commission (FTC) qui gère ce type de signalement.
Si l’arnaque est passée par une plateforme numérique (courriel, réseaux sociaux, messagerie), avisez également ce service. Cela n’annulera pas les conséquences, mais peut empêcher le fraudeur de toucher d’autres victimes.
Transmettez les éléments dont vous disposez : coordonnées utilisées, moyen de contact, nature de la demande. Même un détail mineur peut s’avérer utile. Plusieurs signalements permettent parfois de dévoiler un schéma récurrent.
Offrir son soutien aux personnes touchées par la guerre en Ukraine a du sens, et dans certaines situations, la rapidité peut sauver des vies. Mais aider ne devrait pas empêcher la réflexion. Les fraudeurs exploitent l’émotion et l’incertitude. Être conscient des mécanismes courants permet de se protéger soi-même tout en s’assurant que l’aide parvienne à ceux qui en ont réellement besoin.
Prendre quelques instants pour vérifier une information n’éloigne pas de la solidarité. Cela augmente simplement les chances d’agir efficacement. Ceux qui se donnent ce temps sont beaucoup moins susceptibles de devenir victimes et contribuent de façon plus juste à l’effort d’aide.