Combien une femme vivant dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie doit-elle dépenser pour rejoindre le territoire contrôlé par l’Ukraine?

Dimitri B.
Dimitri B. écrit sur la sécurité des rencontres en ligne et les méthodes modernes d’escroquerie. Fort d’une formation en communication internationale et en psychologie, il se concentre sur des moyens pratiques pour aider les gens à se protéger dans les relations numériques. Originaire d’Ukraine, il vit aujourd’hui au Canada.

Personne ne prévoit vivre sous occupation. Et quand vient le moment de partir, ce n’est pas seulement une question de distance ou d’argent — c’est surtout une question de confiance. Malheureusement, là où règnent la peur et la confusion, les arnaqueurs ne sont jamais loin.

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, de nombreuses femmes originaires de régions occupées — Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, Kherson et la Crimée — cherchent à rejoindre les zones sécurisées sous contrôle ukrainien. Certaines y parviennent. D’autres restent bloquées. Mais beaucoup tombent dans les pièges de « secouristes » autoproclamés qui promettent la liberté contre de l’argent.

Cet article explique le vrai coût du départ, le déroulement du trajet, et les principales arnaques qui circulent en ligne en 2025.

La situation réelle

À la fin de 2025, les points officiels de passage entre les territoires occupés et l’Ukraine libre restent fermés. Pour se déplacer, les civils doivent emprunter un itinéraire compliqué : passer par la Russie, puis par la Lettonie, l’Estonie ou la Lituanie, avant de traverser la Pologne ou la Slovaquie pour enfin revenir en Ukraine.

C’est long, dangereux et coûteux — un terrain parfait pour les fraudeurs.

Les vrais coûts, pas ceux inventés

Les données humanitaires indiquent qu’une évacuation réelle coûte environ ₴25 000 à ₴30 000 (soit 650 $ à 850 $ USD), selon la région et la route empruntée.
(Source : EUNEIGHBOURS East – « The Way Out of an Occupied Home »)

C’est cher, certes, mais loin des montants délirants annoncés par les escrocs. Si quelqu’un affirme qu’il faut 2 000 $ ou plus simplement pour atteindre une frontière, c’est déjà un signal d’alarme.

Étape du trajetCoût moyenDétails
Quitter la zone occupée₴5 000–₴10 000 (130–260 $)Conducteur local ou minibus
Traverser la Russie vers l’UE₴8 000–₴12 000 (210–320 $)Bus, hébergement, nourriture
Entrer en Ukraine depuis l’UE₴5 000–₴8 000 (130–210 $)Bus/train via la Pologne
Autres dépenses₴5 000 (130 $)Nourriture, documents, imprévus

Total : environ ₴30 000 ou 800 $ USD.

Comment les arnaqueurs détournent la situation

1. Faux services d’évacuation

Ces escrocs pullulent : groupes Telegram, pages Facebook, voire discussions sur des sites de rencontres.
Ils jouent sur la peur : « Je peux t’évacuer demain, envoie juste un acompte. »
Les victimes paient, puis ne reçoivent plus de nouvelles — ou obtiennent de faux documents.

À surveiller :

  • Aucune affiliation vérifiée à une ONG
  • Noms vagues, photos génériques
  • Messages urgents du type « agis maintenant »
  • Paiement demandé en crypto ou cartes-cadeaux

2. Intermédiaires avec “accès spécial”

Certains prétendent pouvoir contourner les points de contrôle moyennant un gros paiement.
Impossible : les frontières ukrainiennes et européennes ne vendent pas de passe-droits.

Si quelqu’un parle de « contacts à la frontière » ou de « convoi VIP », c’est probablement vous la cible, pas le client.

3. Faux documents et laissez-passer

Autre piège : la vente de faux papiers ukrainiens ou de “permis de passage”.
Ces faux, souvent imprimés dans une cuisine, peuvent conduire tout droit en prison.

Pour vos documents, ne passez que par :

4. Femmes utilisant de fausses histoires d’évacuation

C’est triste, mais courant.
Certaines personnes se font passer pour des femmes bloquées à Marioupol ou à Louhansk, racontant des histoires émouvantes : « J’ai besoin de 300 $ pour payer le chauffeur. » Elles envoient des photos, demandent de l’aide, puis disparaissent.

La réalité :

  • Le trajet complet coûte environ 800 $, pas plusieurs milliers.
  • Les vrais réfugiés ne demandent pas d’argent à des inconnus en ligne.
  • Beaucoup de ces profils font partie de réseaux d’arnaques organisés.

Conseils pour éviter le piège :

  1. Demandez des preuves (passeport ukrainien, contact d’ONG).
  2. Faites une recherche d’image inversée.
  3. Ne transférez jamais d’argent à quelqu’un que vous ne connaissez pas.
  4. Signalez les profils suspects aux plateformes anti-escroqueries ou à la police cybernétique.

Comment vérifier une situation réelle

Avant de croire quelqu’un en ligne :

  • Recherchez son nom et ses photos — beaucoup apparaissent sur plusieurs listes d’arnaques.
  • Exigez un contact officiel d’ONG.
  • Refusez tout transfert par crypto ou Western Union.
  • Vérifiez les informations auprès d’organismes humanitaires :

Si la personne refuse de prouver son histoire — c’est déjà une réponse.

À quoi ressemble réellement le trajet

Un trajet légitime suit généralement cet itinéraire :
Zone occupée → Russie → Lettonie/Estonie → Pologne/Slovaquie → Ukraine.

Cela prend environ cinq à sept jours, parfois plus. Les voyageurs utilisent des bus vérifiés et passent plusieurs contrôles de sécurité.
Les vraies organisations humanitaires ne demandent jamais de paiement préalable par message privé.

Règles simples pour rester en sécurité

  • Vérifiez toujours le site officiel de l’organisation avant d’envoyer de l’argent.
  • N’utilisez jamais de paiements en crypto ou « entre amis ».
  • Gardez les copies de vos échanges et reçus.
  • Ne partagez vos plans de voyage qu’avec des proches.
  • Et surtout : si quelque chose semble louche, arrêtez. Les arnaqueurs misent sur la précipitation et l’émotion.

Signalez toute fraude suspecte à :

Une fois arrivée en zone sûre

Lorsque vous êtes en territoire contrôlé par l’Ukraine :

  • Inscrivez-vous comme personne déplacée interne auprès du Ministère de la réintégration.
  • Remplacez les documents perdus via le Service des migrations ou Diia.
  • Demandez de l’aide à des ONG fiables comme R2P ou UNHCR.
  • Signalez toute tentative d’arnaque, même si vous n’avez rien perdu : votre témoignage peut en sauver d’autres.

Conclusion : Rester vigilant, c’est se protéger

Quitter un territoire occupé n’est jamais facile, mais croire à de fausses promesses rend les choses pires encore.
Le véritable trajet coûte environ ₴30 000 (800 $) et dure environ une semaine. Quiconque demande plus ment probablement.

Et souvenez-vous : tous les appels à l’aide en ligne ne sont pas authentiques. Certains sont soigneusement rédigés pour manipuler la compassion.

Restez attentif, vérifiez chaque détail et agissez avec prudence.
L’information — pas l’émotion — est votre meilleure protection contre les arnaques.